Sasha Plavsic, fondatrice d’ILIA, nous raconte sa définition du succès

Beauté
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Publié le 19 mai 2026


Depuis 2009, Sasha Plavsic redéfinit à sa façon, les codes de la beauté. Sa méthode s’appelle ILIA. Une marque « réfléchie » (plutôt que « clean ») qui prône une approche du soin plus consciente. Pour La Gazette, elle nous confie sa vision du succès. Une conversation intime et inspirante.

« Lorsque je me présente, je dis souvent que je suis Sasha, la fondatrice d’ILIA. C’est généralement de cette façon que la conversation débute. Parfois, j'aime rencontrer des gens et être simplement Sasha, sans forcément dire ce que je fais. Une manière de garder le regard des gens intacts, sans forcément penser à cette idée immédiate que l’on se fait du succès. Être simplement moi-même, tel que je suis, sans être définie par l’accomplissement professionnel. Après tout, je suis aussi une femme, une mère et bien d’autres choses en plus d’être une entrepreneure. 

Je me pose souvent cette question d’ailleurs : « qu’est-ce que le succès ? » Est-ce que c’est réussir dans les affaires, être financièrement stable, être mère, avoir élevé des enfants ? Je suis convaincue que c’est quelque chose de mouvant, de pluriel, que sa définition est personnelle, intime presque. Loin de ce que la société en a fait selon moi. Ce serait si réducteur de lier le succès seulement aux affaires, à la notion d’argent. Et puis, il y a les montagnes russes, une vague continuelle entre des moments de réussite et des actions qui n’aboutissent pas forcément. Des bons jours et des mauvais jours. Alors, bien sûr, je ressens une certaine fierté d’avoir réussi à construire une entreprise, d’avoir rassemblé une équipe autour de moi, d’atteindre des objectifs que l’on peut célébrer, d’avoir réalisé le rêve américain. Mais je pense aussi que cela a beaucoup à faire avec un état conscient de présence, pour mieux ressentir, pour atteindre la paix. Je suis à un stade de ma vie où c’est ce que je recherche.

Avant ILIA, j’ai travaillé dans le design, sur des projets de refonte d’image de marque. J’avais les clefs pour bien me lancer : logo, charte graphique, packaging. Des notions que je maîtrisais bien et qui m'ont permis d’être confiante sur tout un pan de la création d’une marque. Chacun et chacune possède des compétences très différentes. Lorsqu’on a conscience des siennes et que l’on est capable de s’appuyer sur ses forces, on peut ensuite chercher de l’aide ailleurs, là où l’on manque de ressources. 


J’ai créé ILIA en 2009, bien avant le concept de « clean beauty » dont l’entendement que l’on s’en fait n’est pas forcément le plus juste. Une marque « clean » n’est pas forcément naturelle ou biologique, c’est une marque qui a conçu des produits en faisant attention à sa liste d’ingrédients : une beauté réfléchie en somme. Nous avons créé une gamme de maquillage enrichie en soins. Une approche à 360 degrés où les actifs travaillent ensemble, viennent se compléter, s’enrichir. Le point de départ est né d’une réflexion : celle de questionner nos habitudes, ce que l’on prend pour acquis sans s’interroger, comme la liste des ingrédients collée sur chaque produit que l’on utilise au quotidien et que l’on consulte pourtant rarement. Et puis cette réflexion s’est répandue plus largement : comment fonctionne la peau, quels usages en ont les gens. Un état de conscience, comme je le disais tout à l’heure. 


Aujourd’hui, on peut penser que je fais partie de celles qui ont réussi. Mais on réussit rarement dans tous les domaines de sa vie. En revanche, je suis une mère et une entrepreneure. Et dans une société qui aime cloisonner, je vois cela comme une forme de succès. C’est un sujet encore très actuel pour une femme, ce juste équilibre entre vie personnelle et familiale d’un côté, et l’ambition professionnelle et le succès de l’autre. Volontairement ou involontairement, la société a une façon à elle de vous faire culpabiliser, de vous faire vous interroger « est-ce que je fais ce qu’il faut ? » J’ai décidé de ne pas choisir. Ou peut-être de choisir les deux à la fois. Aujourd’hui, c’est un exemple que je veux montrer à mes deux filles : qu’elles peuvent devenir ce qu’elles veulent, selon leurs propres règles. 


Il y a des nuits parfois où on se retrouve toutes les trois dans mon grand lit, on s’endort en quinconce, le chien se faufile, je suis au milieu, je peux à peine bouger. Et lorsque je me réveille le matin, je regarde autour de moi… heureuse. C’est dans ces moments-là que je me dis, « c'est ça, juste ici, juste maintenant. Mon succès est là ». »