Adjugé, vendu : Pénélope Blanckaert nous présente la vente aux enchères Mode Nippone

L'Expo
L'Expo

Publié le 17 septembre


Des portants en file indienne, des étiquettes Issey Miyake, Comme des Garçons, Yohji Yamamoto, Kansai Yamamoto ou Undercover qui estampillent les pièces des années 80 et 90 soigneusement sélectionnées : bienvenue chez PENELOPE'S AUCTION.


Le 17 octobre 2026, la maison de vente aux enchères organise une vente de pièces vintage nées sur l'archipel « MODE NIPPONE ». Alors en plein préparatif, Pénélope Blanckaert nous invite à découvrir en avant-première les silhouettes et créateurs sélectionnés.


Pénélope Blanckaert, vous êtes aujourd’hui à la tête de la maison de vente aux enchères Penelope’s Auction. Quel est votre rapport à la mode ?

Pénélope : J’ai toujours adoré la mode. Dans les années 80, je passais mon temps à lire les catalogues La Redoute et Trois Suisses, que je cachais sous mon lit, au grand désespoir de ma mère ! J’ai compris très tôt à quel point le vêtement pouvait donner confiance en soi. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est l’allure : le dialogue entre les couleurs, les matières, les proportions et, plus tard, entre les époques et les créateurs. Je considère la mode comme un formidable terrain de jeu et le style comme une expression de soi. Après tout, c’est ce que l’on donne à voir en premier. Comme le disait Oscar Wilde, *« Only shallow people do not judge by appearances. »*.


Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus libres dans notre façon de nous habiller. C’est précisément pour cela que je trouve cette période particulièrement intéressante. Il n’y a presque plus de diktats ni même de tendances. On peut piocher ici et là, et laisser libre cours à son interprétation personnelle.

D’où vous est venue cette envie de créer votre propre structure ?

Lorsque j’ai démarré mon métier, au milieu des années 2000, le digital n’existait pas encore et le marché de la seconde main restait relativement confidentiel. Les ventes aux enchères de mode à Drouot réunissaient un petit monde d’initiés : collectionneurs, institutions, mais aussi les fidèles de Drouot, qui venaient assister aux ventes comme on va au spectacle. Il y avait de la gouaille, des personnages, une ambiance formidable. Je ne m’en rendais pas compte à l’époque, mais nous manipulions des pièces vraiment extraordinaires : de la couture d’avant-guerre, du Paul Poiret, du Schiaparelli, du Vionnet. Le renouvellement des générations n’avait pas encore eu lieu et les familles retrouvaient encore des pièces fabuleuses au fond des malles et des greniers.


Pendant longtemps, la mode a été un peu le parent pauvre des maisons de ventes généralistes. Les plus belles pièces d’une vente étaient photographiées ensemble, souvent posées sur une couverture de fourrure, elle-même vendue aux enchères ! — avec quelques sacs de luxe par-ci par-là : vieillot à souhait. Et lorsqu’un client demandait la photographie d’une pièce, on l’accrochait à un radiateur…


L’image m’a toujours semblé fondamentale, et elle l’est plus encore aujourd’hui. Autrefois, les descriptions s’attardaient sur une emmanchure raglan, un pli creux, des plis religieuses, un satin duchesse ou un crêpe georgette : tout un vocabulaire de couture très précis, mais devenu assez éloigné des attentes des amateurs de vintage. On ajoutait en bibliographie : « modèle identique reproduit, ouvrage X, page X », encore fallait-il posséder le livre !

Aujourd’hui, les clients veulent voir le tombé d’un vêtement, comprendre sa datation, retrouver sa silhouette sur un podium et avoir accès à sa provenance. Après vingt ans passés dans des maisons de ventes généralistes, j’avais envie que la mode soit considérée à sa juste valeur et traitée avec autant de soin que les autres disciplines.


J’ai vu des robes vendues plusieurs milliers d’euros remises à leurs acheteurs dans des sacs en plastique, des robes du soir Haute Couture serrées comme des sardines sur des portants d’un autre siècle, quand elles ne traînaient pas au sol à ramasser la poussière, des vêtements photographiés sur des Stockman branlants, la griffe seule semblant justifier leur intérêt.


C’est précisément ce que nous essayons de faire chez PENELOPE’S. Travailler l’allure à travers des silhouettes construites. Nous faisons dialoguer la pièce à vendre avec des vêtements que nous avons tous dans notre garde-robe : un jean, un pantalon noir, un sweat gris, un col roulé… Notre mannequin est même perruqué et, si, si, cela lui donne des expressions ! Rendre le vêtement vivant permet de se projeter et de montrer combien le vintage peut être actuel. Car il peut parfois intimider : avec quoi porter une jupe des années 50 ou une blouse Saint Laurent ? À nous de proposer une réponse, une allure, sans jamais prétendre détenir la vérité du bon goût.

Chez Penelope’s Auction vous travaillez par thématique. Expliquez-nous.

Au-delà de vendre des vêtements, des accessoires ou des bijoux, j’avais envie de raconter des histoires. C’est tout le sens de nos ventes thématiques : faire dialoguer l’art et la mode, explorer la mode italienne avec Dolce Vita, consacrer une vente à Gianfranco Ferré ou aux bijoux imaginés par Hedi Slimane pour Dior, remettre en lumière des créateurs ou des marques injustement oubliés comme Dorothée Bis ou Elisabeth de Senneville, ou encore proposer chaque été une vente de magazines de mode. Dès que l’on sort des sentiers battus, on prend forcément un risque, mais c’est aussi ce qui rend ce métier passionnant.


J’aime particulièrement les ventes de garde-robes, qu’elles aient appartenu à une personnalité comme Anouk Aimée ou à une femme restée anonyme, comme De l’Art à l’Allure – Collection d’une Baronne. Elles racontent, à travers les décennies, le rapport d’une femme à la mode, l’évolution de son goût et de son allure. Nous explorons aussi d’autres territoires, de l’art de vivre aux bijoux d’artistes, en passant par la photographie, les dessins, les croquis et les archives de mode, sans oublier les grandes maisons comme Chanel, Dior ou Hermès.


Beaucoup de nos clients apprécient aussi l’éclectisme des ventes Paris Vintage et le plaisir de ne jamais savoir exactement ce qu’ils vont y découvrir. Car il y a des modes dans le vintage ! Depuis quelques années, par exemple, les créations de John Galliano atteignent des résultats incroyables aux enchères, alors qu’elles suscitaient beaucoup moins d’intérêt dans les années 2010. Comme dans l’art contemporain, il faut savoir acheter et vendre au bon moment. L’actualité joue également son rôle : une exposition, un changement de directeur artistique, la disparition d’un créateur peuvent soudain remettre une maison ou une époque en lumière. En ce moment, nous réunissons ainsi des pièces fortes de créateurs belges, en résonance avec l’exposition du musée d’Anvers (MoMu). Vendre du vintage exige paradoxalement d’être très attentif à l’air du temps.

Comment sélectionnez-vous les pièces qui ont leur place dans une vente ?

La sélection n’est jamais uniquement patrimoniale. Bien sûr, nous regardons ce qu’une pièce raconte dans le parcours d’un créateur : ses débuts, les périodes charnières ou les modèles de défilé. Mais beaucoup de nos acheteuses achètent aussi pour porter. La coupe, le tissu, les proportions, la couleur, la saisonnalité et surtout la résonance avec l’air du temps sont donc essentiels. Et au-delà des grands noms, nous pouvons aussi être séduits par une pièce anonyme, comme c’est parfois le cas pour les bijoux couture ou d’artistes.


Les sacs répondent à une autre logique : souvent des must-have ou des it-bags, ils sont statutaires, faciles à porter et trouvent naturellement leur public. En revanche, leur authentification est fondamentale : chez PENELOPE’S, chaque sac fait l’objet de deux expertises, l’une en interne, l’autre par un expert extérieur agréé.

Enfin, c’est le marché qui décide : une pièce peut rejoindre un musée, les archives d’une maison, une collection ou simplement la garde-robe d’une femme. Certaines sont à la frontière de ces univers, et nous ne savons jamais vraiment quelle sera leur destination finale. C’est aussi ce qui est amusant.

Comment avez-vous sélectionné les pièces de la vente Mode Nippone ?

Nous avons voulu raconter une petite histoire de la mode japonaise à travers près de 200 pièces et plusieurs décennies de création. La sélection mêle des pièces historiques, qui racontent comment ces designers ont bousculé les codes de la mode et imposé une nouvelle manière de penser le vêtement. Une mode parfois radicale, voire dérangeante, qui n’a pas toujours été comprise à l’époque. On l’associe volontiers au noir et au gris, mais la couleur, les imprimés et les jeux de matières y occupent aussi une place importante.


À côté de ces pièces historiques et des silhouettes de défilé, nous avons sélectionné des vêtements facilement portables : manteaux, vestes, robes, jupes, ensembles… Car contrairement aux idées reçues, cette mode radicale peut aussi être très facile à porter, avec des pièces pensées pour le quotidien.


Comme des Garçons par Rei Kawakubo, Comme des Garçons par Junya Watanabe, Yohji Yamamoto, Issey Miyake, Kansai Yamamoto, Undercover : chacun possède un langage très personnel, mais tous partagent une grande liberté face aux codes occidentaux du vêtement, une sincérité dans le processus créatif et peu de compromis.


Ce qui est frappant, c’est que beaucoup de ces pièces ont traversé le temps sans prendre une ride. C’est sans doute l’une des grandes forces de la mode japonaise : avoir très peu regardé les tendances pour mieux leur survivre.

On dit souvent que la mode japonaise est singulière, avant-gardiste : en tant que professionnelle, comment la considérez-vous ?

La mode japonaise est souvent le résultat d’un processus créatif très cérébral, mais elle n’est dénuée ni d’humour ni de féminité. Une féminité suggérée, jamais évidente ni démonstrative. Celles qui la portent s’habillent peut-être d’abord pour elles-mêmes et revendiquent une vraie liberté, celle d’assumer ce pas de côté.


Il y a aussi une grande sincérité dans cette création, quelque chose de presque anti-mode. Ces designers ont une vision et s’y tiennent, sans chercher à suivre les tendances ni à céder aux impératifs du marketing. Cette indépendance, cette capacité à poursuivre une recherche parfois pendant des décennies, explique sans doute aussi pourquoi leurs créations traversent aussi bien le temps.

COMMENT PARTICIPER A LA VENTE ?

Où voir les pièces ?

Les pièces sont exposées au Bon Marché avant la vente. Le catalogue est également disponible sur le site de PENELOPE’S AUCTION.


Comment enchérir ?

Le jour de la vente, vous pouvez enchérir au Bon Marché ou à distance depuis votre ordinateur ou votre téléphone, en vous inscrivant sur Drouot.


Et si je ne suis pas disponible le jour de la vente ?

Vous pouvez laisser un ordre d’achat en indiquant à l’avance le montant maximum que vous souhaitez engager. Il est également possible de demander à enchérir par téléphone.

découvrir la vente