L’interview-café de Charlotte Bouygues, fondatrice de Dix Hectares
Publié le 12 mars 2026
L’interview-café est un rendez-vous de La Gazette du Bon Marché Rive Gauche. Et par « rendez-vous », on veut dire qu’il est à la fois digital et physique — un moment partagé en magasin, que l’on vous raconte ici.
Imaginez : des soins naturels dont les actifs sont cueillis et formulés directement sur une parcelle de dix hectares. Au sein du domaine de Montrose situé dans le Médoc, à quelques pas d’un château et d’un laboratoire à ciel ouvert, Charlotte décide de faire vivre une prairie au gré des saisons. En puisant dans le sol de son terroir, elle crée une marque de soins 100 % d’origine naturelle où dialoguent luxe et sensorialité.
À l’occasion de l’exposition “Tous à la ferme !”, Dix Hectares fait son entrée au Bon Marché, nous avons eu le plaisir d’échanger avec la fondatrice sur les agréables banquettes du Grace Café.
rencontre
La Gazette : Bonjour Charlotte, bienvenue au Bon Marché ! Vous êtes la fondatrice de Dix Hectares. Comment aimez-vous vous présenter ?
Charlotte : Bonjour, je suis ravie d’être ici. Je suis Charlotte, Franco-américaine de 34 ans et maman de trois enfants. Côté professionnel, je suis passée par de grands groupes avec toujours quelque part, en arrière-plan, une envie d’entreprendre, convaincue que l’on peut faire du beau et du bon. Je pourrais ajouter que j’ai probablement une part de romantique, de rêveuse, d’utopiste.
La Gazette : Vous avez travaillé plusieurs années dans l’univers de la beauté, c’est bien ça ?
Charlotte : J’ai travaillé trois ans chez L’Oréal à New York avant de rejoindre TF1. Je pense que c’est là que j’ai attrapé le virus de la beauté. Ce fut une école formidable et c’est aussi au cours de cette expérience que je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire dans cette industrie malgré tout ultra-concurrentielle. Dès le départ, je voulais raconter une histoire, innover, avoir des partis-pris forts, singuliers. J’y ai pensé pendant dix ans et il m’a fallu environ trois ans et demi pour penser le projet Dix Hectares.
— Charlotte nous confie que c’est en feuilletant un article retraçant l’histoire de Carole Bamford [NDRL : femme d’affaires britannique à la tête des Daylesford Organic Farmshops] que l’idée de Dix Hectares est née : la ferme pour point de départ d’un art de vivre français, soucieux du vivant et de la peau.
La Gazette : Dix Hectares éclot alors littéralement, mais, dès le début, vous avez des convictions et des engagements forts. Était-ce pour vous essentiel ?
Charlotte : En effet. Je me suis posée énormément de questions : comment m’inscrire avec justesse dans cette région à deux vitesses ? Comment sublimer les savoir-faire français ? Comment mettre en avant l’histoire de nos agriculteurs ? Comment ancrer le luxe autant dans sa région que dans la vie de celles et ceux qui y participent directement ? Avec Dix Hectares, nous sommes parvenus à régénérer les peaux en régénérant d’abord les terres et le tissu social.
La Gazette : Si l’on devait trouver trois mots pour qualifier la marque, quels seraient-ils ?
Charlotte : Je dirais ancré, vivant et efficace. Ancré d’abord, car nous sommes intimement liés à notre territoire. Vivant ensuite, car nous avons vocation à évoluer selon les saisons, les cultures, les savoirs et les découvertes. Et enfin efficace, car nous proposons des produits d’exception basés sur des tests au niveau cellulaire.
La Gazette : À quelques pas d’un vignoble de 95 hectares, classé deuxième grand cru au classement de 1855, vous décidez de créer une ferme régénérative sur une parcelle de prairie. Racontez-nous comment vous est venue cette idée.
Charlotte : Il y avait ces dix hectares de prairie qui n’étaient pas plantés en vignes. Proche de la Gironde, cette parcelle bénéficie des limons de la rivière, ce qui donne une terre extrêmement fertile. Après un grand nombre d’analyses des sols, nous sommes revenus aux fondamentaux, à ce que faisaient nos arrière-grands-parents : plutôt que de faire pousser des hectares d’un ingrédient, nous cultivons différentes espèces de plantes, effectuons des rotations, nourrissons la terre selon ses besoins, puis, nous créons et formulons nos soins. Grâce à cette agriculture régénérative raisonnée, la parcelle est en meilleure santé aujourd’hui que lorsqu’elle se laissait vivre sans contrôle humain, car nous ne sommes pas allées contre sa nature, mais l’avons comprise, observée, accompagnée. Les pouvoirs synergiques de la nature nous ont permis d’avoir ce jardin cosmétique d’une immense richesse.
— Alors que son café latte arrive sur la table, Charlotte nous confie qu’avoir le privilège d’être propriétaire de sa parcelle et de son laboratoire de recherche et développement, permet à ses équipes de multiplier les tests, d’essayer, d’apprendre et d’innover. Pour atteindre l’exigence attendue, il est arrivé que 250 tests soient effectués avant de trouver la parfaite justesse d’un produit.
La Gazette : C’est avec ce regard sur le sol et ses besoins que l’on comprend votre rapport aux saisons, qui est d’ailleurs le concept derrière vos soins ?
Charlotte : Tout à fait. Nous nous sommes rapidement rendu compte que la ferme changeait de visage, que l’on soit en été ou en hiver. Et finalement, la peau réagit sensiblement de la même façon : elle n’a pas les mêmes besoins selon les saisons. En hiver, la barrière cutanée est fragilisée, la micro-inflammation s'accélère tandis qu'en été, il y a un stress oxydatif accru et une augmentation du sébum. Alors, deux fois par an, nous récoltons nos ingrédients à maturité optimale afin d’obtenir les molécules les plus intéressantes pour les cosmétiques. Nos formules agissent directement sur les mécanismes biologiques de la peau pour l’aider à s’adapter aux variations saisonnières. Nous avons aujourd’hui le duo sérum et crème printemps-été, décliné aussi pour la saison automne-hiver et un baume fertile démaquillant. Nous dévoilerons prochainement notre exfoliant aux enzymes végétales et notre gelée nettoyante biomimétique.
La Gazette : Pouvez-vous nous parler des beaux objets que sont vos flacons ?
Charlotte : Dans cette volonté d’avoir des parties plus fortes, j’ai voulu travailler avec l’architecte Dorothée Meilichzon, que j’ai rencontrée par chance. Elle n’avait encore jamais dessiné de flacon, idéal, puisque cela nous a permis de nous détacher des normes et des codes pour créer quelque chose qui n’avait jamais été vu. Il y avait beaucoup de contraintes technologiques, mais nous avons réussi à créer ces couvercles à l’effet marbré grâce à un procédé novateur à base de résine biosourcée sur des contenants en verre. Et puis, les recharges sont faites en aluminium, un matériau recyclable à l’infini. Un objet aussi beau que bon.
La Gazette : Aujourd’hui, Dix Hectares fait son entrée au Bon Marché. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Charlotte : Une consécration ! Le Bon Marché est l’un des rares grands magasins que je fréquente. Un temple de l’élégance aux allures de belle maison avec une sélection magnifique. C’est aussi une Madeleine de Proust pour moi, car ma grand-mère habitait à quelques pas. C’est ici qu’elle m’emmenait faire les courses ou les balades du week-end et, aujourd’hui, j’emmène à mon tour mes enfants, notamment pour les vitrines de Noël. Faire son entrée au Bon Marché à l’occasion d’une exposition tournée vers la ferme, la terre fait sens pour moi.